Aujourd'hui est une longue journée. Je serre les dents parce que je sais que je vais avoir dix jours pour me reposer après ça, et je compte bien en profiter pour ne plus bouger.
Réveil presque pas tôt le matin, parce que ma co-maman et mon fils ont fait attention à me laisser dormir jusqu'à huit heures dix, et c'était adorable de leur part. L'histoire de Galipiot, le coq qui faisait la grasse matinée, que j'ai offerte à mon bébé, semble avoir un impact très positif. Petit-déjeuner, douche avec bébé, encore les nouveaux livres, et puis je dois partir plus tôt que prévu parce que ma co-maman est attendue pour un déjeuner et ne m'en a pas parlé.
Voiture, train, métro, je vais déjeuner chez un couple d'ami·es. Lui, je ne l'ai pas vu depuis avant mon déménagement, et ça me fait très plaisir de le revoir. Elle, je la découvre face à face après avoir lu en ligne avec gourmandise ses réflexions politiques et philosophiques. Son cerveau aurait été suffisant pour piquer mon intérêt, mais je suis subjuguée par son sourire et ses fossettes, son accent et ses émotions. Je note de réfléchir à mes sentiments plus tard.
Je reprends le métro, puis le RER, pour passer l'après-midi avec mon amoureuse à Montreuil, j'aime que nous ayant tant de choses à nous raconter, quelle que soit la fréquence à laquelle nous arrivons à nous voir, et nous ne nous sommes jamais autant vues que depuis nos deux déménagements.

Way ahead of you buddy.
Mon amoureuse amstellodamoise m'accompagne vers Montparnasse. Nous parcourons les soldes chez HEMA, le symbole de la maison aux Pays-Bas. Métro, métro, train, puis tram, et je retrouve mon amoureuse nantaise pour dîner et dormir chez elle. Je suis toujours heureuse de passer du temps avec elle, ses bricolages et son humour étrange, et je débarque à l'improviste parce que mon train de Paris est arrivé à Nantes après l'heure du dernier train pour chez moi. Les horaires d'été pour les trains régionaux, semblent signifier que nous devons nous coucher plus tôt, ça n'a aucun sens. Nous profitons de ce temps gagné sur l'adversité, pour un câlin et deux épisode de The Expanse.
Aujourd'hui, journée de calme entre les activités maternelles.
Je suis réveillée très tôt par mon enfant, très heureux de me trouver là. On se prépare, on s'habille, je mange le petit déjeuner mais lui n'ai jamais très intéressé, et nous partons à la crèche. Il sait maintenant dire si on peut traverser ou pas en regardant le bonhomme rouge ou vert, je suis fière à chaque instant.
Le reste de la journée, j'écris, je brode le motif en blackwork. J'apprends que je ne suis pas prise non plus pour la mission de support technique informatique à la rentrée. J'espérais faire une sieste mais je n'ai pas vu l'heure passer en brodant.
Fin d'après-midi, nous retournons le chercher à la crèche, je lui donne le cadeau préparé par la mère de mon époux·e, deux livres cartonnés de Spot, héros iconique de livres pour tout petits, dans leur version originale anglaise. Je lui lis en anglais, puis en français, nous faisons une vidéo de remerciements, et il me redemande de les lire, encore et encore, le soir et le lendemain. Comme il a un stupéfiant sens du contexte, il est allé ressortir les livres que belle-grand-maman lui a offerts à Noël dernier, et m'a demandé de les lire à la suite. J'aime qu'il aime autant les livres, et les moments de connexion qui vont avec.
Aujourd'hui, retour à Paris.
Je prépare le petit déjeuner pour mon époux·e, et nous partons pour un date ensemble à Nantes. Nous mangeons des galettes tout près de la gare, ce qui me permet de prendre le train rapidement après le dessert (galette de sarrasin beurre sucre, bien croustillante).
Dans le long trajet en train pour Paris, j'écris les journées de lundi, mardi et mercredi. Je me promets d'essayer de ne pas laisser s'accumuler les jours de retard, mais écrire dans le train, captive de mon siège et ma voisine envahissante, est un bon moyen d'occuper ce temps. Je prends du plaisir à aller chercher les photos et captures d'écran d'Animal Crossing, que j'avais préparées la veille. Je regrette que la fonction de partage automatique des photos de la Nintendo Switch soit une fonction réservée à la Switch 2, ça ressemble vraiment à une limitation arbitraire et pas technique, juste pour pousser à l'achat.
Dans le train, je commence une nouvelle broderie, que j'ai choisie portable, contrairement à mes quelques projets précédents. J'essaie le remplissage en blackwork pour la première fois, et c'est plus difficile que je pensais, avec ma longue expérience du point de croix. C'est peut-être juste une question d'habitude, mais j'ai l'impression que ça demande une plus grande concentration.

J'étais ambitieuse, c'était peut-être compliqué pour un premier essai.
Le RER B est en travaux, je dois prendre deux bus en remplacement pour arriver chez ma co-maman. Je les trouve dans le jardin devant l'immeuble. Il se passe quelques secondes pendant lesquelles je peux regarder mon fils jouer avec deux enfants de la résidence. Ils ont quelques années de plus que lui, ce qui signifie, à leur âge, presque le double du sien, mais ni lui ni eux ne semblent en tenir compte. Je suis fascinée par sa sociabilité. Puis il me voit, me reconnais de loin, et il court de toutes ses forces en criant de joie « Maman ! C'est Maman Jena ». Il saute dans mes bras dans une chorégraphie bien répétée, je profite de son énergie cinétique en tournant sur moi-même et il est dans mes bras pour un long câlin.
Nous rentrons, il me montre ses nouveaux jouets. Nous assemblons deux vieux puzzles ensemble, pour le plaisir, comme un rituel de reconnexion, nous les connaissons par cœur, il n'a même pas besoin de chercher où la placer quand il prend une pièce. Je lui offre un avion transformable en dinosaure, qui associe deux de ses passions, puis un livre qui raconte l'histoire d'un jeune coq en crise existentielle parce qu'il préfère se lever tard et vivre la nuit. Vue comme je ne suis pas du matin, je plante des graines qui nourriront peut-être des discussions sur le sujet.
J'essaie d'avoir une communication émotionnelle très explicite avec lui, parce que je ne suis pas là assez souvent à mon goût, parce que je crois que ma co-maman ne parle pas beaucoup d'elle-même (mais ça peut être un biais d'observation), et aussi parce qu'assez probablement il va grandir comme un garçon dans notre société™. Je lui dis quand je suis contente de le voir, lui propose des câlins, et je lui dis, de temps en temps « Je t'aime, Prénom ». Ça n'a jamais suscité de questions de sa part, une fois récemment une réponse « Moi aussi je t'aime », qui me laisse penser que le mot, voire le concept, ne lui sont pas étrangers. Toujours ces moments étaient des moments à deux, jeux, habillage, changement de couche.
Ce soir, nous étions à table à trois, et sans prévenir, il a dit « Je t'aime, Maman ».
J'ai l'impression d'avoir accompli quelque chose. Je suis émue, très fière de lui, et de nous.
Fatiguée par cette journée, je m'endors avant lui pendant que ma co-maman nous raconte Maman, Mamoune et moi au milieu, notre livre doudou.
Aujourd’hui, j’accueille une amie et son compagnon à la maison.
Je leur fait visiter la ville, puis nous nous posons à la maison pour tester le jeu Palia.
Nous partageons un gros intérêt pour KPop Demon Hunters.
Bonne fête à nos adelphes non-binaires, et ça inclut mon époux·e.
Je passe une heure en visio avec mon enfant et ma co-maman, j’aime beaucoup le regarder compléter des puzzle pendant qu’il me raconte des histoires. Nous avons, entre autres, l’hypersensibilité au bruit en commun, et nous n’avons pas entendu de pétards ou de feux d’artifice.
Je continue à broder le dos de ma veste.
Nous passons la soirée dans une île mystère d’Animal Crossing, c’est notre stratégie les quelques derniers jours pour essayer de trouver les insectes qui nous manquent. Les grillons et les scarabées se cachent.

Notre personnage, en tenue de marin, montre un inventaire pleins de scarabées rares, quatre exosquelettes de grillons, deux grands requins blancs et deux poissions scies.
Je prends des photos du ciel étoilé, puis je dessine les constellations que je reconnais pour les transmettre à mon époux·e.

Photo du ciel nocturne, avec les constellations de la Grande Ourse, la Petite Ourse et une partie du Dragon proprement dessinées par dessus.
Aujourd'hui, nous allons au marché pour faire le plein de légumes pour la semaine. Je m'arrête chez un vendeur de vélos pour poser des questions sur l'occasion et le modèle que je recherche. Nous prenons deux lattes à emporter et nous rentrons à l'ombre, la vague de chaleur a repris.
Aujourd'hui ça fait cent jours que je tiens ce journal en ligne. Je suis assez fière de ma relative constance, même si le rythme est moins régulier que je voudrais. J'essaie d'être clémente avec moi-même.
Dans notre appartement précédent, j'avais taillé sur mesure des plans de travail en bois pour la cuisine, et j'avais réussi à les recycler dans notre cuisine actuelle, en les complétant avec un nouveau panneau, et des chutes de la première découpe. J'avais poncé et verni le nouveau panneau, mais il semble à l'utilisation que deux couches n'étaient pas suffisantes pour une utilisation quotidienne ; et les morceaux recyclés avaient été cirés mais pas vernis, donc toujours susceptible de prendre des marques de liquides. Mon époux·e a profité de ma dernière absence pour vider les plans de travail pour commencer à poncer, mais n'a pas réussi à finir à la main, j'ai terminé à la ponceuse électrique avec les feuilles que nous avions quand même trouvées, et mon époux·e a pris le relai pour poser cinq couches de vernis, ce qui devrait être maintenant plus rassurant.
Je relance l'agence qui m'avait inscrite à l'entretien d'embauche de mercredi. Comme c'est prévisible, l'entreprise qui promet de rappeler, quel que soit le résultat, ne rappelle pas quand le résultat est négatif. Je contacte une autre agence, avec laquelle j'ai déjà travaillé, pour confirmer que je suis intéressée par le contrat qu'elle m'a proposée : travailler trois semaines en support informatique pour un client prestigieux, à qui j'avais déjà donné satisfaction à la rentrée l'an dernier. Confirmation après la fête nationale.
Alors que je brode mon calendrier de températures, ma co-maman fait signe, et je passe quelques joyeuses minutes en visio avec elle et notre fils. Nous sommes interrompu·es par un appel d'un·e ami·e qui propose de nous conduire à un évènement associatif prévu ce soir-là. Je réalise alors qu'il est dix-neuf heures, et que ce soir-là c'est maintenant : nous nous préparons rapidement, assemblons même de quoi participer au pique-nique, et nous sommes en route.
Le pique-nique est l'occasion de passer du temps avec mon amoureuse de Nantes, et avec un ami qui habitait Paris aussi, et qui l'avait quittée pour la Bretagne avant notre départ. Je suis heureuse de le retrouver, le monde queer est tout petit, et parfois, ça permet de jolies surprises.
Nous rentrons à pied pour essayer de dégourdir mes jambes endolories par la station assise sur la couverture de pique-nique. Je sais que j'aurai encore mal demain.
Pour célébrer la naissance de mon enfant, j'ai brodé le panneau de contrôle du premier Macintosh.

À partir d'une capture d'écran, j'ai créé le modèle à broder, en mettant son nom dans la barre de titre, sa date et son poids de naissance. J'ai mis plusieurs mois à le réaliser, et il est né quelques semaines avant que j'arrive à le terminer, ce qui tombe bien parce que je devait de toute façon attendre la naissance pour les informations de dernière minute.
Je suis impatiente de partager un jour avec lui l'origine de cette œuvre de Susan Kare.
Vous pouvez jouer avec l'original (dans une émulation) dans ce très bel article de Marcin Wichary.