Le lendemain

Le soleil est levé et mon père toujours mort. 
L’univers est cruel de s’acharner encor. 
On m’avait imposé de vivre loin de lui ; 
Je suis maintenant celle sur qui tombe la nuit.

(référence à Après la Bataille, de Victor Hugo)
https://www.poetica.fr/poeme-191/victor-hugo-apres-la-bataille/

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Biographie ecriture famille

Décéder

C'est le moment de s'insurger contre une règle grammaticale dont je ne trouve pas de source ni de raison : le verbe décéder se conjugue avec l'auxiliaire être, et pas l'auxiliaire avoir (exemple ici ou ). Je ne suis pas d'accord, parce que si je dis je décède, alors c'est une voix active. Si je choisi le passé simple, je décédai, c'est toujours la voix active, et si je passe au passé composé, qui est sensé être la version plus courante équivalente, je suis décédée et j'ai décédée n'ont évidemment pas le même sens. On retrouve ce sens possible avec des mots argotiques, j'ai clamsé, c'est bien une voix plus active que je suis clamsée. Après tout, dans l'éloge funèbre que j'essaie d'écrire, je veux conjuguer le verbe décéder, pas le verbe être décédée.

Ça n'est pas logique. Je suis énervée et triste, et il me faut bien un coupable.

Mon père a décédé cette nuit.

Il aurait été d'accord avec moi, il aurait aimé cette conversation, mais il est parti.

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Biographie famille

Calendrier annuel

Nous venons de passer 4h30 à sélectionner les photos de notre calendrier annuel : 🩷🥰 mais aussi faim et soif maintenant.

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vendredi 22 août 2025

Aujourd'hui arrive mon amoureuse amstellodamoise pour quelques jours, alors après le petit déjeuner avec mon épouse, nous allons stocker des victuailles au marché. Je passe à la librairie, je note de vérifier que j'ai déjà quelque part Jean a deux mamans avant de l'acheter en double. J'achète un très bel album qui s'appelle Mouette & Chouette et qui raconte comment une chouette et une mouette se rencontrent, s'apprécient, et décident de pondre et couver des œufs ensemble. Je suis impatiente de le lire à mon fils, qui commence à ramener à la maison les questions des autres, comme « Pourquoi moi je n'ai pas de papa ? » Je pense que la réponse du tac au tac de la libraire (parce que ça ne sert à rien) va rejoindre les phrases que je dois me retenir d'expliquer à mes enfants (parce que c'est encombrant, et des fois, ça ne sent pas très bon).

Je fabrique un petit coussin pour que les œufs qu'on achète au marché soient bien calés dans leur boîte, et fassent moins de bruit dans notre sac à dos.

Comme mon amoureuse a une longue correspondance à Nantes, et je trouve dommage la laisser seule là-bas alors que je suis ici, je décide de prendre le train pour l'attendre à Nantes, et mettre ce temps sinon perdu à profit, et nous allons dîner chez Mien Tây, un restaurant vietnamien près de la gare. C'est délicieux à chaque fois. Alors que nous avons presque terminé, nous assistons là à une scène très étrange. Nous entendons d'abord des hommes s'invectiver dans la rue, dans des langues que nous ne comprenons pas. Ça ressemble à une mélange d'insultes et de moqueries. Le restaurant est presque plein mais tout petit, d'un coup d'œil on peut voir que toutes les tables ont tourné les têtes vers la vitrine arriver à voir grand chose. Soudain, un homme fait irruption dans la salle, claque la porte derrière lui, et la maintient fermé malgré les efforts de quelqu'un qui pousse très fort dehors. Dans un français approximatif et avec un volume sonore qui tranche avec le calme du restaurant jusqu'ici, il explique qu'il est poursuivi et menacé par quelqu'un avec "la lame". Un convive près de la porte se lève, s'interpose, et somme le nouveau venu de sortir. Je comprends que son ton ferme et son format massif rassure le reste de la salle, mais je m'oppose alors vivement à l'idée de faire sortir cet homme qui demande de l'aide, simplement pour protéger la tranquillité de la clientèle. La patronne, une petite femme vietnamienne âgée, est un peu affolée, me demande d'appeler la police – ce que je ne fais pas, je n'ai pas du tout envie d'être mêlée administrativement à cette affaire, et donc probablement d'y laisser quelques heures, ne pas pouvoir prendre le dernier train pour rentrer, etc. Par ailleurs, notre réfugié est lui aussi en train d'appeler des secours, on entend son téléphone sur haut-parleur qui est en attente du 112. 

Ma réaction épidermique est tempérée par celle de mon amoureuse, qui est souvent plus sceptique (ou même moins crédule) que moi, et aussi par le comportement de l'homme qui tient la porte, qui semble stressé quand il nous parle, mais qui montre en contraste une bravade malvenue quand il s'adresse à son possible assaillant : ça ressemble à des insultes encore, mais surtout à un encouragement explicite à casser la porte vitrée. Finalement la ou les personnes dehors se lassent, ou changent de stratégie, et partent vers la gare, et la personne qui avait trouvé refuge avec nous sort aussi quand la voie est libre, encouragé par la gérante. Nous profitons de ce moment pour régler notre dîner et partir, pour tenter de prendre l'avant dernier train plutôt que le dernier.

En arrivant à la gare, nous le recroisons, adossé à l'entrée, sagement posté près d'une équipe de sécurité canine. Nous passons rapidement, et nous rentrons sans encombre.

Je prends de belles photos du souterrain de la gare vide. Ça ressemble à un décor de cinéma, ou de la série Star Wars Andor.

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mardi 19 août 2025

Aujourd'hui, encore une longue journée variée.

Je passe la matinée avec mon fils et sa grand-mère, je suis en hyper-vigilance. Tant que nous sommes deux il est adorable, câlin, curieux. Dès qu'elle est dans la pièce il est stressé, tendu, et soit reste près de moi, soit cherche à la provoquer. Je suis anxieuse de le laisser, coupable de le laisser. Il ne cache pas sa tristesse.

Sur mon trajet du retour je fais un grand détour pour aller trouver dans une épicerie indienne deux sacs de thé en vrac PG Tips, une marque britannique de thé indien, le thé préféré de mon époux·e, dont nous faisons une grande consommation. J'aime beaucoup lui faire ces surprises, comme des pies qui ramenons des cadeaux au nid.

RER, métro, train, train, et me voilà de retour à la maison. Dans le train j'ai écrit les journées des 12, 13 et 14 août ainsi que le post sur le Clair de lune sur ma machine à écrire. J'aime ces moments de concentration, essayer d'évacuer le présent pour repenser au passé, ou remettre le passé proche au présent.

Je me repose à la maison, je continue à extraite de ma bibliothèque de photos tout ce qui n'est pas une photo. Il faudra aussi perdre l'habitude d'y enregistrer n'importe quoi.

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lundi 18 août 2025

Aujourd'hui, une autre longue journée. Je me lève très tôt pour une journée de différents rendez-vous médicaux loin au sud de Paris. Dans l'après-midi je retrouve une jolie amie pour un date, nous déjeunons japonais près des Halles, puis nous allons assembler des minifigurines les plus fun possibles au LEGO Store. J'aime beaucoup le temps que je passe avec elle. Je continue à être fascinée par ses histoires et ses fossettes ; je me sens honorée de pouvoir l'observer si drôle quand elle se décrit anxieuse sociale.

Ensuite je vais retrouver mon fils chez ma co-maman. C'est bon de le retrouver plus tôt que prévu. 

Lorsque j'arrive il est gardé par sa grand-mère, en attendant que ma co-maman rentre. Alors que je la trouvais déjà très dure avec lui, à le reprendre beaucoup, ce qui provoque du stress chez lui, et donc d'autres comportement qui lui déplaisent, je la surprend à le disputer et le menacer de le frapper avec son chausson à elle. J'intervient immédiatement pour dire que c'est inacceptable, et elle me répond que je ne devais pas la critiquer devant lui pour ne pas sapper son autorité. J'ai insisté : ce qui compte pour moi c'était l'urgence de protéger mon fils, pas la bienséance. Je suis ferme sur le principe de bannir toute violence éducative, mais elle a continué à dévier de sujet.
Je n'ai pas trouvé ni le temps propice, ni les mots pour en parler à ma co-maman, et une semaine après je suis encore hantée par cette image, et la culpabilité de laisser mon fils sans défense.

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